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La Quinzaine de la vidéo

Carte Blanche à Rosa Spaliviero

15 janvier – 4 fevrier, 2020

Avec : Baloji, Tiecoura N’Daou, Bakary Diallo, Sandra Heremans, Abdoulaye Armin Kane, Hamedine Kane & Ayesha Hameed, François Knoetze, Nelson Makengo, Frank Mukunday & Tétshim, Petna Ndaliko Katondolo, Piniang, Kivu Ruhoraza, Remy Ryumugabe.

Nelson Makongo, E'ville, 2018, © the artist

Le rêve c’est la réalité vue au microscope de la sensibilité. Le rêve c’est la réaliteé vue avec les yeux de l’émotion. Tout le monde n’a pas le temps de regarder les choses à s’en fendre les yeux. Moi, j’ai ce temps-là. Je questionne à temps perdu chaque parcelle de matière, chaque lamelle de la réalité. Parce que je ne suis pas sûr des choses. Je ne suis pas sûr du monde.
Sony Labou Tansi, « Libération, numéro hors série », mars 1985, in Encre, sueur, salive et sang, Textes critiques, Editions du Seuil, 2015, p. 81

Résultat de près de quinze ans de rencontres et de recherches sur le continent africain, cette programmation propose des vidéos d’artistes qui explorent des écritures innovantes, depuis plus d’une décennie pour certains, quelques années pour d’autres. Partant d’une matière brute, d’un engloutissement de reflets, de jeux de miroirs, de paroles chuchotées et de silences prolongés, ils ouvrent des champs de réflexion, à cultiver lentement, sur la migration, l’écologie, le monde digital, la mémoire vive, l’héritage colonial, l’espace urbain, la représentation, l’image.

Ils traversent le passé, le présent et le futur dans une géographie multiple de voix et de regards.
Chacun des six programmes est un fragment lié par des discontinuités temporelles et géographiques, en suivant l’intui-tion du dialogue possible entre diverses propositions de « rêves ». Les artistes sont parfois visionnaires et leurs œuvres nous saisissent comme un cri d’alarme. Ils dressent un constat sur leur acquis, questionnant les visages hybrides des Afriques. Ils exposent les plus grands sentiments à l’écran, d’amour, d’oubli, de peur. Ils constituent une multitude de regards sur les réalités complexes du monde et de l’histoire contemporaine, et plus spécifiquement du Sud Global. Prenons le temps de regarder le monde, avec le même doute et le même désir que tous ces artistes, comme dans un miroir fragmenté, où les histoires entrent en relation, jusqu’à « s’en fendre les yeux ».

– Rosa Spaliviero, Bruxelles, décembre 2019

Programme 1 :
Mercredi 15 – Jeudi 16
« Dans cette vidéo, je donne à voir une des cérémonies les plus importantes du peuple Dogon du Mali. C’est une société pleine de mystère. La sortie des masques a lieu lors de la levée de deuil d’un patriarche. Pour accompagner le défunt au royaume des morts, les esprits de la brousse viennent lui rendre hommage pour ce rituel nommé « dama » qui facilite l’accession du disparu au pays des ancêtres. Accompagnés par les chants et les tambours, les danseurs portent les masques représentant les membres de la société dogon, du bûcheron à la jeune fille, mais aussi les animaux dont ce peuple est entouré, antilope, singe, hyène… la plupart au caractère sacré. »
Tiecoura N’Daou
Dankumba fixe le déroulement précis et apparemment complet d’un parcours dans une région du monde, le Mali, comme s’il était imposé par des lois intemporelles tout en lui donnant un élan plein de fantaisie et d’originalité. Il évoque la manière dont les superstitions lient les membres d’une société entre eux, au passé, à l’occulte, au pouvoir, mais aussi au quotidien et à ses rites et ses objets, à l’imagination de chacun, à ses sentiments et à sa liberté. Et à l’universel en général. Il est composé de scénettes, des gestes, des paysages, des objets, des manières d’échanger.
À la fin de sa relation avec Jeanne, il quitte New York et retourne à Zanzibar où il avait l’habitude de passer des vacances avec elle… Son ancien regard de touriste étant désormais impossible, il se retrouve en position d’anthropologue. Zanzibar lui parait, pour la première fois, comme une ville assiégée par les touristes en recherche « d’authenticité » locale.
Programme 2 :
Vendredi 17 – Samedi 18 – Mardi 21
« Le cinéma est un art de la lumière. C’est un défi de faire un film dans les meilleures conditions – qui serait assez audacieux pour faire un film quand il fait nuit noire dehors ? Tourner dans l’obscurité, cependant, nous enseigne que l’obscurité n’est pas seulement un phénomène naturel. L’obscurité a une politique, et elle se construit à travers des histoires de pouvoir et de corruption. Dans ce film, les histoires de ceux qui sont forcés de vivre dans le noir à Kinshasa sont racontées avec une ironie mordante, une texture sonore et visuelle riche, une critique pointue et une résistance exubérante. »
Cíntia Gil, Thomas Keenan et Karen Archey, membres du jury de l’International Documentary Filmfestival Amsterdam (IDFA).
« E’ville est un portrait sensible du Congo réalisé dans une perspective postcoloniale. L’artiste visite un complexe sportif désaffecté qui appartenait à la Gécamines, une compagnie minière congolaise basée à Lubumbashi. Le complexe abandonné est inondé de souvenirs et jonché de vestiges d’une histoire nationale hantée par une myriade de voix et de corps spectraux. Ici, le regard tombe sur l’héritage colonial et la mémoire collective de cette ancienne colonie belge, mais il le fait à travers le prisme d’une histoire personnelle, à travers la lecture d’une lettre ouverte que Patrice Lumumba (1925-1961), leader du mouvement indépendantiste congolais, a écrite à son épouse, Pauline, peu avant son assassinat. »
Luisa Duarte, critique d’art et commissaire d’exposition indépendante (Rio de Janeiro, Brésil)
« Alors que la plupart des films fonctionnent sur le principe de l’ « assemblage », Kapita fonctionne comme un excavateur grattant à travers des couches d’images pour exposer les lignes de failles qui définissent le Congo d’aujourd’hui. Son mélange kaléidoscopique d’images issues de bobines de films coloniaux et d’images contemporaines joue comme une perturbation sismique, libérant le regard d’un sens insaisissable du temps, et laissant à chacun le soin de se demander si le moment présent est celui du jour avant demain ou celui du jour après hier. »
Nelson Walker III, réalisateur et commissaire d’exposition
Programme 3 :
Mercredi 22 – Jeudi 23
Mnémosyne est une eulogie faite par un homme en deuil et nostalgique d’une mystérieuse fille qu’il a rencontrée alors qu’il était désespéré et anxieux de la vie. La réunion a apporté de l’espoir et depuis lors, ils ont brièvement apprécié la compagnie l’un de l’autre jusqu’à ce que le passé compliqué de la fille et l’injustice de la vie reprennent le contrôle et l’emmène.
Mon amour, est ce que l’on peut joindre le futile à l’agréable avant qu’il ne se réduise à une peau de chagrin ?
Le film commence par une image noire, une expérience conceptuelle qui se transforme en un essaie personnel et subtil de la réalisatrice. Ce court-métrage raconte l’histoire d’un missionnaire belge tombé amoureux d’une femme rwandaise, se métamorphosant petit à petit en une réflexion personnelle mise en images par leur fille. La réalisatrice questionne la mémoire familiale en utilisant des images d’archives dans un montage rythmé et précis.
Programme 4 :
Vendredi 24 – Samedi 25 – Mardi 28
par la force des choses
et surtout de la machine
nous sommes devenus des êtres somnambuliques
des êtres privés de bon Dieu, des damnés de la terre
et des cobayes par dessus-le-marché noir de l’histoire
des cobayes de la machine
Yaatal Kaddou ou l’événement s’interroge sur la problématique de la distribution de l’énergie électrique et ses conséquences dans notre société au début des années 2000 au Sénégal. Il se fonde sur le vécu dakarois qui a été à une certaine période (cela arrive encore à l’improviste) très sujet à des coupures intempestives d’électricité particulièrement désastreuses à la tombée de la nuit.
Actu en brève est un projet sur la vulnérabilité des frontières qui questionne différentes perspectives de la crise migratoire. Tout ce que l’on nous présente, tout ce que l’on nous dit sur les migrations oscille entre fantasme et réalité, comme si toute possibilité de nuance avait été réduite à néant dans cette alternance binaire. La nomenclature elle-même participe à la création d’un discours et d’un imaginaire erroné. Et pourtant, il existe autant de raisons que de tracés, autant de choix que de failles, autant d’histoires que d’espoirs. Entre les pôles, le rêve d’un ailleurs est unilatéral. Dans ces mouvements de va-et-vient, de départs, de prises de risques, d’échecs et de retours, la question de l’identité devient prédominante. Que faudrait-il pour que ce rêve change de camp? Comment inverser la donne et apprendre à se réapproprier notre rêve, ce que nous sommes.
Programme 5 :
Mercredi 29 – Jeudi 30
Tomo est un récit imaginaire, il évoque la littéralité du mot bambara : un territoire déserté du fait de la guerre. Conflit par les armes et conflit dans les esprits. C’est le parcours d’un personnage troublé psychologiquement par son vécu de la violence. Il part de sa chambre et traverse un village ravagé, abandonné, celui-ci est habité par les esprits de ceux qui y vivaient. Ils sont représentés par des fantômes, des spectres en flamme et en fumée. Ils accomplissent les gestes du quotidien au plus près de la réalité.
Tourné à Markala au Mali, cette vidéo aux images colorisées et numérisées a pour but de faire prendre conscience aux jeunes du mirage qu’est en réalité cette Europe qui les attire. Les silhouettes imprécises évoquent l’état de ces clandestins attirés par cet Eldorado ; leur hésitation est évoquée par le lent mouvement des images ; ils se saluent, plongent avec l’énergie du désespoir ; on entend le bruit des remous de l’eau, les cris, tantôt d’encouragement, tantôt de désespoir. Le rouge sur leur corps évoque le péril auquel ils s’exposent et le sang des disparus. Un mur massif soutenu par de solides piquets est une métaphore de l’Europe.
Le film est composé de notes sur un film à réaliser et d’un essai à écrire. Le 29 avril 2006, un bateau a été repéré au large de la côte sud-est de la Barbade. À bord, onze corps ont été retrouvés par les garde-côtes, conservés et séchés au soleil. Le navire fantôme a dérivé pendant quatre mois sur l’océan Atlantique. Il est parti de Praia sur les îles du Cap-Vert, le jour de Noël, rempli de migrants du Sénégal, de Guinée-Bissau et de Gambie en route pour les îles Canaries. Chacun de ces hommes a payé £ 890 pour leur place sur le bateau. Le récit repose sur des matériaux et des outils disponibles pour donner un sens à la complicité des conditions météorologiques, des courants océaniques et de la violence d’État lors du voyage du navire.
Programme 6 :
Vendredi 1 – Samedi 2 – Mardi 4
Faire le portrait d’un lieu, atelier, et y projeter nos imaginaires. Prendre ce lieu commun comme toile de fond pour en faire un film d’animation. Un film où le rêve est un vécu partagé. Le rêve c’est le réel.
Traversée entre espoir et dystopie dans un Kinhsasa halluciné, Zombie passe de la culture du salon de coiffure, au clubbing futuriste, de la parade urbaine à la gloire d’un dictateur en campagne au western moderne. Et interroge le rapport presque charnel que l’on entretient avec nos téléphones, excroissances de la main nous donnant le don d’ubiquité…
Un « core dump » est l’état de la mémoire d’un ordinateur à un moment précis dans le temps. En cas de panne, l’ordinateur est capable de retrouver l’ « empreinte » de son état précédent. Cette mémoire étrangement poétique d’un ordinateur constitue la base de Core Dump (2018-2019). Les histoires qui se déroulent dans chacune des villes comparent entre elles contextes et histoires critiques pour suggérer que, bien que la technologie évolue rapidement, les modèles d’exploitation sont profondément enracinés dans la façon dont elle a été et continue d’être produite, consommée et représentée, et que les technologies qui pourraient être impliquées dans une marche vers un monde plus équitable sont moins physiques que sociales.