Ali Cherri, La Machine du Sacré, Le Voyage à Nantes 2026 © Martin Argyroglo / LVAN
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C’est à partir d’un texte méconnu de Jules Verne, Un prêtre en 1839, qu’Ali Cherri développe son installation. Verne y imagine l’effondrement d’une cloche dans cette même basilique : le sacré y bascule vers la violence, puis la violence est absorbée par la gestion — les traces effacées, l’édifice réparé, l’événement normalisé. Ali Cherri nomme ce mécanisme « la Machine du sacré » : derrière toute élévation, une infrastructure susceptible de se rompre.
La basilique Saint-Nicolas domine la place Félix-Fournier de sa verticalité néogothique. Construite entre 1844 et 1869, partiellement détruite par les bombardements de 1943 puis reconstruite, elle porte en elle les strates d’une histoire urbaine faite de ruptures et de réparations silencieuses.
Pour la place, l’attention de l’artiste se porte sur un élément bien réel de la basilique : les anges musiciens qui ornent sa flèche, dont certains originaux ont disparu lors d’une précédente restauration, remplacés par des copies.
Ali Cherri s’empare de cette figure pour la fragmenter. Ailes et trompettes, coulées en aluminium industriel dont les lignes de soudure restent visibles, s’imposent à l’échelle architecturale. Une tête d’ange modelée en terre leur répond : à la permanence du métal, la fragilité de ce qui s’érode. L’ensemble repose sur une charpente de bois ouverte — entre chantier, ruine et reconstruction suspendue — qui révèle l’ossature plutôt que la façade, ce qui soutient plutôt que ce qui s’expose. Face aux anges à l’identique perchés en hauteur, le fragment au sol pose une question simple : qu’est-ce qui, aujourd’hui, mérite d’être élevé ?
Built between 1844 and 1869, and rebuilt after wartime damage, Basilique Saint-Nicolas forms the backdrop to Ali Cherri’s installation inspired by Jules Verne’s little-known A Priest in 1839.
In it, Verne imagines a church bell collapsing inside the basilica: the sacred gives way to violence, which is then absorbed by administration – the traces are erased, the building repaired, and the event is normalized. Cherri calls this process “the mechanics of the sacred”: behind every elevation lies an infrastructure capable of breaking.
For this project, he focuses on the sculptures of the musician angels adorning the basilica’s spire. Some original figures disappeared during restoration and were replaced with replicas. Cherri fragments these forms: wings and trumpets are cast in industrial aluminum at architectural scale. Opposite them is an angel’s head modeled in clay. Against the permanence of the metal stands the fragility of that which erodes.
The piece rests on an exposed wooden framework, somewhere between construction site, ruin, and suspended reconstruction. It reveals the structure rather than the façade – the support rather than what is displayed.
Between construction, ruin and renewal, the work asks: what deserves to be elevated today?