Ben Rivers, The Minotaur, 2024. Film 16 mm, son, 13 min. Courtesy de l’artiste and Kate MacGarry Gallery.
[+]Ben Rivers, The Minotaur, 2024. Film 16 mm, son, 13 min. Courtesy de l’artiste and Kate MacGarry Gallery.
[-]Francisco Rodríguez Teare, El oro y el pez (L’or et le poisson), 2026. Vidéo Full HD, 16/9, son, 21 min. 09 sec. Courtesy de l’artiste.
[+]Francisco Rodríguez Teare, El oro y el pez (L’or et le poisson), 2026. Vidéo Full HD, 16/9, son, 21 min. 09 sec. Courtesy de l’artiste.
[-]Ana Vaz, Amazing Fantasy, 2018. 16 mm transféré en HD, son, 2 min. 36 sec. Courtesy de l’artiste et de Spectre Productions.
[+]Ana Vaz, Amazing Fantasy, 2018. 16 mm transféré en HD, son, 2 min. 36 sec. Courtesy de l’artiste et de Spectre Productions.
[-]Ben Rivers, The Minotaur, 2024. Film 16 mm, son, 13 min. Courtesy de l’artiste and Kate MacGarry Gallery.
[+]Ben Rivers, The Minotaur, 2024. Film 16 mm, son, 13 min. Courtesy de l’artiste and Kate MacGarry Gallery.
[-]Francisco Rodríguez Teare, El oro y el pez (L’or et le poisson), 2026. Vidéo Full HD, 16/9, son, 21 min. 09 sec. Courtesy de l’artiste.
[+]Francisco Rodríguez Teare, El oro y el pez (L’or et le poisson), 2026. Vidéo Full HD, 16/9, son, 21 min. 09 sec. Courtesy de l’artiste.
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Ben Rivers, The Minotaur, 2024. Film 16 mm, son, 13 min. Courtesy de l’artiste and Kate MacGarry Gallery.
Francisco Rodríguez Teare, El oro y el pez (L’or et le poisson), 2026. Vidéo Full HD, 16/9, son, 21 min. 09 sec. Courtesy de l’artiste.
Ana Vaz, Amazing Fantasy, 2018. 16 mm transféré en HD, son, 2 min. 36 sec. Courtesy de l’artiste et de Spectre Productions.
Ben Rivers, The Minotaur, 2024. Film 16 mm, son, 13 min. Courtesy de l’artiste and Kate MacGarry Gallery.
Francisco Rodríguez Teare, El oro y el pez (L’or et le poisson), 2026. Vidéo Full HD, 16/9, son, 21 min. 09 sec. Courtesy de l’artiste.
À l’occasion de l’exposition Amazing Fantasy, trois films sont présentés dans l’espace de la galerie. Ces films ne se regardent pas, ils se parlent. En observant les enfants qui les guident, vous vous verrez peut-être. Par la grâce d’un voyage mental, le passé redeviendra présent, votre regard sera neuf. L’ordre n’a pas d’importance. Le montage se fera à la fin, après la visite.
Libres d’eux-mêmes et de l’encombrante machine cinéma, ces films ont la puissance d’apparition d’un poème. Ils viennent de loin et créent une forme de vertige en remontant à la surface du temps. Emportez-les avec vous : ils seront les viatiques de votre imagination tandis qu’à bord de l’ascenseur de la sensation montera le souvenir familier de vies inconnues.
Écheveau du mythe, que deviendrais-tu sans le fil déroulé par les enfants du film de Ben Rivers ? Et si le Minotaure était un garçon étourdi et ostracisé par ses camarades ? Le jeu est si sérieux qu’on en doute difficilement. D’une cinématographie flamboyante, The Minotaur fait coïncider la gravité sauvage de l’enfance avec l’aridité minérale d’une île méditerranéenne. Ben Rivers, sculpteur de formation, réalise des films depuis plus de vingt ans. Il est l’un des cinéastes majeurs parmi ceux qui ont décloisonné le rapport entre cinéma et arts plastiques, sans pour autant se rattacher à la famille du cinéma expérimental au sens historique. Quoique le médium lui-même et l’usage de la pellicule soient caractéristiques de sa façon de faire des films, ce que ceux-ci racontent et mettent en scène a quelque chose de très personnel, qui tient aussi bien du conte (fantastique ou horrifique) que du documentaire, de la science-fiction, du poème, du journal ou encore de l’essai. S’il fallait en trouver un, le mot le plus juste pour qualifier son travail serait précisément celui d’« essai » : l’essai comme possibilité d’invention de nouveaux récits pour un monde abîmé par la vitesse et par l’excès. Les lieux explorés par ce magicien du cinéma sont des espaces parallèles, en marge de la société, des îles métaphoriques ou réelles. The Minotaur constitue un segment d’un long métrage, The Mare’s Nest, présenté au Festival international du film de Locarno en 2025. Le film, ayant une dimension écologique, y a très justement remporté le Pardo Verde. Inspiré par une pièce de théâtre de Don DeLillo, The Word for Snow, The Mare’s Nest est une fable futuriste dont les protagonistes sont des enfants. Tournée sur l’île de Majorque, la partie intitulée The Minotaur, visible dans le sous-sol de la galerie, revivifie le mythe antique en questionnant l’attribution de la violence qui pèse en général de tout son poids sur le dos du Minotaure. Mais rien n’est si sûr.
Dans El oro y el pez (L’or et le poisson), de Francisco Rodríguez Teare, filmé en Amazonie bolivienne, les gestes et les jeux d’enfants de la communauté T’simane semblent recomposer jusqu’à l’air des lieux qui furent pleinement ceux de leurs ancêtres. L’œuvre est un inédit de l’artiste et cinéaste chilien, dont les films ont été montrés et célébrés dans de nombreux festivals et lieux d’exposition à travers le monde. Bien que l’enfance ne soit pas une thématique centrale dans son travail, elle y est diffuse par son rapport libre au récit et parce que, lorsque des enfants apparaissent, ils se mettent à piloter le film. En refusant de choisir entre fiction et documentaire, le cinéaste leur offre cette place et laisse aux différentes scènes du film la possibilité de ne pas s’accorder parfaitement (le faux raccord est le vrai labyrinthe du cinéma, disait Raúl Ruiz). Bien que moins narratif que son long métrage Otro sol, El oro y el pez profite de la qualité de regard d’un artiste qui joue avec le récit et le déjoue afin d’éviter tout contrôle du film sur ses protagonistes. On perçoit combien cette dimension politique est essentielle dans ce film, qui accompagne les enfants de la communauté amérindienne T’simane de Manguito, en Amazonie bolivienne. Autour d’étangs artificiels aménagés pour la pisciculture, les enfants, après avoir donné à manger aux poissons, retournent à leurs jeux et à leurs occupations. C’est presque ordinaire, mais la langue qu’ils parlent est fascinante. Ayant résisté à l’effacement, elle est comme revivifiée par les jeunes êtres qui la font résonner. Il n’y a pas d’effets d’exotisme dans ce film, qui a quelque chose d’éclatant et d’évident.
Enfin, réalisé par l’artiste et cinéaste brésilienne Ana Vaz, le film Amazing Fantasy donne son titre à cette exposition dont il est l’intuition première : proposer des œuvres courtes que l’on pourrait saisir dans leur ensemble avant de les approcher peu à peu, de s’en éloigner, d’y revenir et d’en garder une trace mémorielle quasi complète, comme un poème dont la page s’inscrirait dans notre cerveau. Un antidote merveilleux au flux insensé des images, une contemplation plutôt qu’une hypnose. Présenté à l’entrée de la galerie, cet haïku constitue le début et la fin du parcours : il nous accueille et nous le saluons en partant. Nous sommes sous sa protection. Dans ce film réalisé au Japon, on voit un enfant qui observe un objet en lévitation, qui tournoie. Et nous, où sommes-nous tandis que nous voyons ce film ? Sans doute là et ailleurs. Amazing Fantasy est un précipité du rapport qu’entretient Ana Vaz avec le cinéma : art du visible et de l’invisible, médium capable de nous déplacer par la pensée et par les sens, instrument d’élargissement des champs perceptifs au-delà de notre condition humaine. Ce film, bien sûr, ne peut rendre compte de toute la complexité du cinéma d’Ana Vaz, notamment du fait qu’il constitue aussi pour elle un outil poético-critique pour révéler les injustices dissimulées sous le tapis du capitalisme colonial — des violences auxquelles font écho notamment Apiyemiyekî? et le long métrage Il fait nuit en Amérique (présenté au Festival de Locarno en 2023). Cependant, cette infime partie d’une filmographie en cours, intégrée récemment à un film qui est une histoire de radioactivité, cet opuscule, par son titre et comme par magie, nous ramène à la fantasia grecque, représentation autant qu’apparition. Une merveilleuse apparition.